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Source: АrсhDаilу

L’industrie de l’environnement bâti a une énorme responsabilité dans la crise climatique

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Le changement climatique devient chaque jour plus réel : partout dans le monde, nous assistons à une nette augmentation des catastrophes climatiques. Par ailleurs, le dernier rapport du GIEC nous met en garde contre d’éventuels « points de basculement » à partir desquels la transition climatique pourrait devenir non pas progressive, mais brutale et irrévocable.

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Au cours de la dernière décennie, les progrès réalisés pour maintenir le réchauffement climatique en dessous de l’objectif de 1,5°C de l’Accord de Paris ont été médiocres. Les principaux scientifiques du climat sont maintenant clairs : les années 2020 seront une décennie décisive pour la survie de notre environnement. Les émissions mondiales doivent culminer avant 2025 et être réduites de 43 % d’ici 2030.

C’est donc une priorité absolue d’agir et de réduire les émissions des secteurs les plus responsables de la crise climatique. L’industrie de l’environnement bâti a en particulier une énorme responsabilité : les bâtiments représentent près de 50 % des émissions mondiales annuelles de CO2, et la surface au sol mondiale des bâtiments devrait doubler d’ici 2060, ce qui représente l’équivalent de l’ajout d’une ville de New York entière au monde, tous les mois, pendant 40 ans.

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Il est urgent de décarboner les bâtiments

Les actions visant à décarboner les bâtiments nouveaux et existants – en les rendant plus efficaces pour qu’ils consomment moins d’énergie et en nettoyant l’énergie qu’ils consomment – sont vitales. L’exploitation des bâtiments est en effet responsable de près de 30 % des émissions mondiales annuelles de CO2.

Il est également essentiel de minimiser le carbone incorporé de la construction. Le carbone incorporé a été sous-estimé dans le passé. Ils sont responsables d’environ 20 % supplémentaires des émissions totales et représentent un levier important pour réduire rapidement les émissions mondiales de GES. En effet, contrairement aux émissions opérationnelles qui s’étalent sur la durée de vie d’un bâtiment et peuvent être réduites au fil du temps grâce à des améliorations du bâtiment et du système énergétique, le carbone incorporé génère un pic d’émissions irréversible au tout début d’un projet.

Pour réduire les émissions grises, il est crucial de ralentir autant que possible la construction en optimisant l’utilisation des bâtiments existants – Par exemple, une étude récente a montré qu’en France, la proportion de logements vacants s’élève à 8,3 % en 2021. Cela représente près de 3 millions de logements, contre 1,85 million en 1982.

Il est également essentiel de promouvoir des projets de réutilisation adaptative et de donner la priorité à la rénovation des bâtiments afin de limiter le cercle vicieux « démolition/reconstruction ». En ce sens, lorsque de nouvelles constructions sont nécessaires, il est essentiel de construire à long terme – En fait, de nombreux bâtiments démolis n’ont pas de problèmes structurels. Dans la plupart des cas, leur démolition est due à leur conception et leur aménagement qui ne correspondent plus aux besoins et aux exigences. Utiliser la modularité/conception flexible pour permettre l’adaptation future du bâtiment et prolonger sa durée de vie est donc d’une grande importance.

Enfin, il est crucial d’utiliser les matériaux de manière efficace et d’envisager des matériaux de construction à faibles émissions tels que le bois et d’autres matériaux biosourcés. Partout dans le monde, plusieurs projets pionniers qui s’attaquent aux émissions de carbone intrinsèques sont mis en œuvre. Le projet Porte Montreuil, lauréat du concours C40 Reinventing Cities à Paris, en est un bel exemple. Ce site stratégique, s’étendant sur 35 ha, sera le premier quartier Net zéro de la Ville. Les constructions seront faites de matériaux locaux et bio-sourcés, et 100% des bâtiments seront réversibles permettant aux usages de changer et aux espaces de se transformer au fil du temps, minimisant ainsi le besoin de démolition dans le futur.

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Au-delà des bâtiments, c’est un nouveau modèle de développement urbain qui s’impose.

Architectes, urbanistes, promoteurs, ingénieurs – ne se contentent pas de construire ou de transformer des bâtiments ou des blocs individuels, ils construisent un lieu où les gens vivront. En ce sens, ils contribuent également à façonner le modèle global de ville.

Le dernier rapport du GIEC souligne l’importance d’une planification urbaine intégrée pour réduire les émissions. Il indique que les émissions urbaines peuvent être réduites d’environ 25 % avec des utilisations plus compactes et mixtes et des villes économes en ressources.

La planification urbaine n’est pas un secteur d’émissions distinct, mais un catalyseur transversal de réduction des émissions et d’augmentation de la résilience. Une fois construit, le tissu urbain (rues, bâtiments, infrastructures ainsi que la mixité des usages et des personnes) est très lent à évoluer. Il est donc crucial d’assurer un bon développement urbain pour garantir des réductions d’émissions dans des secteurs clés tels que les transports, les bâtiments, ainsi que pour réduire les vulnérabilités aux risques climatiques et aux fractures sociales.

Mais qu’est-ce qu’un bon modèle de développement urbain ?

Il s’agit d’un quartier polycentrique composé de multiples « quartiers complets », compacts, qui intègrent une mixité de personnes et d’usages et les commodités et services essentiels tels que promus dans le modèle de la ville en 15 minutes. C’est celui qui promeut les rues et la mobilité centrées sur les personnes, en récupérant les espaces urbains des véhicules privés et en concevant un espace public qui peut agir comme le « salon du quartier » – un lieu où les gens peuvent se réunir. C’est un quartier où chaque quartier est connecté grâce à des transports en commun de qualité ainsi qu’à des infrastructures numériques essentielles pour éviter les déplacements inutiles et permettre des pratiques de travail plus flexibles. C’est celui qui exploite la nature urbaine pour améliorer la résilience climatique et la qualité de l’air, ainsi que pour favoriser le bien-être physique et mental. C’est enfin celui qui équipe et habilite les communautés à adopter une vie à faibles émissions en fournissant des installations locales, telles que du compost pour les déchets organiques, des parkings à vélos, des magasins zéro déchet, des centres de « retour et recyclage » et d’autres services partagés.

Bon nombre de ces principes s’appuient sur le concept de la ville en 15 minutes, sur lequel le dernier rapport du GIEC a mis un accent particulier, et qui permet à chacun, dans chaque quartier, de répondre à la plupart de ses besoins quotidiens à quelques minutes à pied ou à vélo de son domicile. .

Ces principes peuvent sembler de bon sens, mais ils s’opposent en fait aux paradigmes urbanistiques qui ont dominé le siècle dernier, qui ont vu un développement urbain monocentrique, et une spécialisation des quartiers de la ville : zones résidentielles séparées des quartiers d’affaires, zones commerciales et industrielles, et toutes reliées par des infrastructures de transport principalement axées sur l’automobile. Cette situation a entraîné de longs trajets, une mauvaise qualité de l’air et un manque de commodités dans de nombreux quartiers, exacerbant les sentiments d’isolement et d’iniquité ainsi que des modes de vie non durables.

Les deux dernières années ont vu un regain d’intérêt pour ce concept de ville de 15 minutes, car la perturbation de la pandémie et le développement du travail hybride ont souligné l’importance de l’environnement hyper-local pour soutenir la qualité de vie et un mode de vie plus durable. De nombreuses villes à travers le monde ont adopté ce modèle. Les principaux exemples incluent Paris à 15 minutes, le Superblock de Barcelone, les quartiers complets de Portland, les quartiers à 20 minutes de Melbourne, ainsi que les Barrios Vitales de Bogotá.

Pour faire face à la crise climatique, les villes et le secteur de l’environnement bâti doivent collaborer pour exploiter ces modèles de bâtiments et de développement urbain. Ceux qui sont non seulement à faible émission de carbone, mais aussi résilients et prospères pour la communauté locale afin qu’ils puissent être largement reproduits, en particulier dans les villes à croissance rapide.

Avec l’urbanisation croissante, les villes sont notre meilleure chance de lutter contre le changement climatique.

Le mode de vie urbain est en effet le plus durable car les résidents urbains ont des maisons plus petites – ce qui signifie moins d’émissions de bâtiments, et ils peuvent avoir un accès plus facile aux infrastructures, services et installations qui rendent possible un mode de vie durable.

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